Avec
Reflet dans un diamant mort,
Hélène Cattet et Bruno Forzani revisitent avec virtuosité un nouveau genre cinématographique, après les passionnantes explorations menées dans
Amer, L'Etrange Couleur des Larmes de ton corps et
Laisser bronzer les cadavres. Ils s’intéressent cette fois à l’Eurospy, courant en vogue dans les années 60, des films d’espionnage parodiques inspirés de James Bond. Mais le duo ne parodie pas, il s’approprie et remixe le langage, décline les scènes imposées, duplique les motifs, et émancipe les héroïnes, qui peu à peu prennent le devant de la scène.
Comme le diamant du titre, le film est un objet aux multiples facettes, une aventure kaléidoscopique qui stimule les sens. Pour donner corps à ce voyage dans la psyché d’un homme chancelant, les cinéastes recourent à quelques marqueurs forts de leur langage cinématographique, notamment le goût des corps et des matières. Le diamant bien sûr, mais aussi ici le cuir, le pétrole, les miroirs. L’ambiance est psychédélique, des références à l’op art de Vasarely par exemple à la robe miroir de Paco Rabanne.
En tête de proue de l’inventivité formelle à l’oeuvre dans le film, on retrouve le chef opérateur
Manu Dacosse, compagnon de route au long cours des cinéastes, puisqu’il a signé l’image de tous leurs films, et que les deux derniers,
L’Etrange Couleur des Larmes de ton corps et
Laissez bronzer les cadavres lui ont valu de remporter les Magritte de la Meilleure image en 2015 et 2019, prix qu’il s’est également vu décerner en 2016 pour
Alleluia de Fabrice Du Welz.
L’équipe son du dernier film des cinéastes,
Laisser bronzer les cadavres, avait également remporté la statuette en 2019. On retrouve ici deux techniciens présents à l’époque (
Dan Bruylandt et
Olivier Thys), aux côtés de
Mathieu Cox (primé en 2022 pour
Un monde et en 2023 pour
Animals) ainsi que
Aline Gavroy (primée en 2024 pour
Dalva).
Fidélité toujours avec
Jackye Fauconnier, qui accompagne également Cattet et Forzani depuis leurs débuts, déjà nominée pour le Magritte des Meilleurs costumes en 2015 pour
L’Etrange Couleur. Aux décors, la chevronnée
Laurie Colson fait figure de petite nouvelle de l’équipe, même si elle connaît bien la Cérémonie, puisqu’il s’agit de sa troisième nomination, et qu’elle a déjà remporté le Prix en 2018 pour
Grave. Notons qu’elle était également cette année au générique de
Au bord du monde et des
Baronnes.

Yannick Renier
Last but not least,
Reflet dans un diamant mort vaut également une nomination au talentueux mais rare
Yannick Renier. Il incarne John D., agent spécial agent spécial piégé par son propre personnage, perdu dans les méandres de sa mémoire et interprétant bien malgré lui son chant du cygne, celui de la mort du Héros. Il s’agit de la première nomination dans la catégorie Meilleur acteur pour le comédien, qui avait cependant déjà été nominé en 2011 comme Meilleur acteur dans un second rôle pour sa prestation dans
Elève Libre.
Reflet dans un diamant mort, sélectionné l’année dernière en Compétition à la Berlinale, est produit par Pierre Foulon pour Kozak Films, qui entamait ici une collaboration marquée par le sceau du succès avec le duo de cinéastes.