En février dernier,
On vous croit bouleversait les spectateurs de Perspectives, la toute nouvelle section de la Berlinale consacrée aux premiers longs métrages. Le film y décrochait d’ailleurs une mention spéciale du jury, première d’une longue série de récompenses pour le film qui, depuis, court les festivals du monde entier, ainsi que de Belgique, où le film remportait en octobre dernier le Bayard d’Or et le Bayard d’interprétation au FIFF, à Namur.
Arnaud Dufeys avait déjà présenté à Berlin dans la section Generation son court métrage Un invincible été, nominé aux Magritte du Cinéma 2025. Quant à
Charlotte Devillers, infirmière de profession, il s’agit de son premier film, mais toute son expérience auprès de jeunes et de familles confrontés à la problématique de l’inceste et des violences sexuelles a contribué à nourrir la réflexion sur l’approche fictionnelle choisie par le duo de cinéastes.
On vous croit dresse le portrait sur le fil d’une mère de famille au bord de la rupture, en lutte contre le père incestueux de ses enfants, et la justice qui peine à les protéger. On suit Alice et ses enfants arrivant au tribunal, pour une rencontre cruciale autour de leur avenir. L’attente avant l’audience illustre toute la violence systémique d’une institution qui les force à partager la même pièce que le père, jusqu’à ce que le temps du quotidien se fige quand vient le temps de l’audience dans le bureau de la juge. Tour à tour, les avocats des enfants, du père et de la mère, puis le père lui-même vont s’exprimer, avant que la parole ne soit rendue, plus encore que donnée à Alice, la mère. Une restitution rendue possible plein cadre par la fiction, comme une réparation, un espace sanctuarisé qui force, enfin, à l’entendre. Le film est en lice notamment pour les prix du Meilleur film, du Meilleur premier film, de la Meilleure réalisation et du Meilleur scénario.

Myriem Akheddiou
Ce film tenu et intense repose grandement sur son interprétation au cordeau, donnant à voir les visages plein cadre, quand ils parlent comme quand ils écoutent. La performance de
Myriem Akheddiou, déjà souvent saluée, est remarquable. La comédienne est logiquement en lice pour le René de la Meilleure actrice, pour la première fois nominée dans cette catégorie, elle qui avait remporté la statuette de la Meilleure actrice dans un second rôle en 2020 pour
Le Jeune Ahmed. Notons qu’elle est également nominée cette année dans la toute nouvelle catégorie "Meilleure actrice dans une série", pour son rôle dans
Pandore. Dans le délicat rôle du père de famille incestueux, on retrouve le chevronné
Laurent Capelluto, qui décroche ici sa septième nomination dans la catégorie Meilleur acteur dans un second rôle, lui qui reçut le titre en 2014 pour
Le Temps de l’Aventure. Face à eux, la comédienne flamande
Natali Broods qui joue le rôle à la fois complexe et déterminant de la juge, est également nominée. Enfin,
Adèle Pinckaers et
Jules Goffin, incarnant Lila et Etienne, les enfants autour de qui se joue le procès, sont chacun nominés dans les catégories Meilleur espoir féminin et masculin.

Laurent Capelluto
On vous croit est servi par une rigueur formelle au service de son propos urgent, le film concentrant son attention sur l’essentiel, à savoir ouvrir un espace pour accueillir une parole inconfortable mais primordiale pour comprendre les problématiques liées aux situations d’inceste et d’abus sexuel, notamment en mettant en scène l’écoute autant que la parole. Le cadre resserré, l’unité de temps et de lieu, les plans-séquences qui soulignent et respectent le temps du témoignage et du plaidoyer, valent à
Pépin Struye et
Nicolas Bier une nomination pour respectivement le René de la Meilleure image et le René du Meilleur montage. Deux premières fois pour ces jeunes talents, qui participent du souffle vital du film, et de son urgence.

Jules Goffin, Myriem Akheddiou et Adèle Pinckaers
On vous croit est produit par
Arnaud Ponthière et Arnaud Dufeys pour
Makintosh Films. Il s’agit de leur premier long métrage de fiction, et de fait de la première nomination pour la société dans la catégorie Meilleur film, mais notons néanmoins qu’elle était déjà en lice l’année dernière pour le René du Meilleur court métrage de fiction avec
Un invincible été.