Fabrice Du Welz explore les abysses des traumas collectifs de la Belgique, avec Maldoror, son dernier long métrage, qui récolte 6 nominations.
Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste, se retrouve happé par un drame qui le dépasse quand il rejoint l’opération secrète visant à surveiller un pédophile notoire, Marcel Dedieu, alors qu’en coulisses, une guerre intestine oppose la gendarmerie, la police judiciaire et la police communale. De
Fabrice Du Welz on connaissait le cinéma radical, hanté par le Mal, dans son horreur et sa folie. Avec
Maldoror, il explore de nouveaux territoires cinématographiques, et livre un film policier doublé d’un film naturaliste qui nous plonge au cœur de la communauté sicilienne de Charleroi, et raconte une région désindustrialisée et abandonnée du politique. Une fresque exigeante et populaire d’une grande ampleur sur la Belgique des années 90, ses dysfonctionnements et ses traumas collectifs, mais aussi sur la tentaculaire perversité du mal, revisitant par la fiction la déflagration que représenta l’affaire Dutroux.
Fabrice Du Welz est l’un des auteurs phares du cinéma belge depuis maintenant plus de 20 ans, et la sortie remarquée de son premier long métrage,
Calvaire, sélectionné à la Semaine de la Critique de Cannes. Il s’est depuis distingué par son cinéma friand de genre, qui pactise avec l’horreur et le grotesque et explore les contrées de la folie des hommes, n’hésitant pas à s’exporter en France (
Colt 45), ou même aux Etats-Unis (
Message from the King).
Maldoror, dévoilé en première mondiale à la prestigieuse Mostra de Venise, lui vaut sa 3e nomination au prix de la Meilleure réalisation, après
Alleluia en 2016 et
Adoration en 2021.
Les votes des membres de l’Académie André Delvaux soulignent également la qualité de la direction artistique de cette ambitieuse fresque.
Emmanuel De Meulemeester, fidèle collaborateur de Du Welz depuis son premier court métrage Quand on est amoureux, c’est merveilleux est en lice pour le René des Meilleurs décors, soulignant son sens des repérages, mais aussi la re-création de l’antre de la bête comme des lieux de vie de la communauté sicilienne de Charleroi. Fondamentale dans la mise sous tension du récit, la bande sonore est saluée à travers la nomination de son équipe aussi talentueuse que chevronnée, au sein de laquelle on retrouve notamment
Julie Brenta (primée en 2013 pour
L’Exercice de l’Etat),
Emmanuel de Boissieu (déjà nommé en 2016 pour
Alleluia) ainsi qu'
Héléna Réveillère (primée en 2020 pour
Duelles). Autre indéfectible compagnon de route,
Vincent Cahay, est nominé en Meilleure musique originale pour ses compositions une fois de plus indissociables de l’atmosphère singulière du film. C'est la 4e fois qu'il concourt pour ce prix après
Alleluia, Adoration (qui lui a valu le trophée) et
Inexorable.
Si les rôles principaux de
Maldoror sont tenus par les excellents Anthony Bajon, Alba Gaïa Bellugi et Sergi Lopez, tous non-éligibles aux René du Cinéma, on retrouve avec plaisir dans les seconds rôles le comédien wallon
David Murgia (sacré Meilleur espoir en 2013 pour
La Tête la première et Meilleur acteur dans un second rôle en 2017 pour
Les Premiers les derniers), que l’on n’avait plus croisé aux René du Cinéma depuis 2018, et qui s’est entretemps illustré sur les planches. Dans
Maldoror, il interprète Didier Renard, inquiétant condisciple de Marcel Dedieu.
Maldoror est produit par
Jean-Yves Roubin pour
Frakas Production, qui accompagne le cinéaste depuis son précédent long,
Inexorable. C’est la deuxième fois que la société liégeoise est en lice pour le Prix du Meilleur film, après
Seule à mon mariage de Marta Bergman en 2020. Frakas Production a par ailleurs déjà remporté le René du Meilleur film flamand pour
Girl et le René du Meilleur film étranger en production à trois reprises pour
Grave, Titane et
Vincent doit mourir. Frakas est d'ailleurs à nouveau en lice cette année pour ce dernier prix, avec
Alpha de Julia Ducournau.