Si
Kika est le premier long métrage de fiction d’
Alexe Poukine, celle-ci est loin d’être une inconnue au regard de l’Académie André Delvaux, puisqu’elle était déjà en lice pour le René du Meilleur documentaire en 2020 pour
Sans frapper et l’année dernière pour
Sauve qui peut, tous deux lauréats du Prix du Meilleur film belge au BRIFF (tout comme
Kika d’ailleurs!), tandis que son moyen métrage de fiction
Palma était doublement primé au prestigieux festival de Clermont-Ferrand. Elle transforme donc l’essai avec ce premier long de fiction sélectionné en mai dernier à la Semaine de la Critique de Cannes, qui lui vaut 8 nominations, dont celles du Meilleur film, du Meilleur premier film, de la Meilleure réalisation et du Meilleur scénario.
Kika dresse le portrait d’une jeune femme tout à la fois amoureuse et en deuil, précaire et au service des autres, soignante et blessée, le portrait tragicomique d’une jeune femme qui ne peut s’arrêter d’avancer sous peine de tomber. Dans le rôle de Kika, jeune mère de famille veuve, enceinte et endettée qui envisage le travail du sexe pour payer son loyer, Manon Clavel livre une performance vibrante, rendant possible par son agilité le mélange radical des genres, où la comédie le dispute constamment au drame, comme pour nous rappeler que dans la vie, on pleure et on rit parfois en même temps.
Face à la comédienne française, en lice pour le César du Meilleur espoir féminin pour sa performance dans le film, on retrouve une poignée de comédiens et comédiennes belges formidables, qui donnent vie et corps à des personnages secondaires jamais de second plan. La parole et l’écoute sont au coeur du film, et c’est toute une constellation humaine qui gravite avec elle plus encore qu’autour de Kika.
Anaël Snoek et
Thomas Coumans décrochent ainsi une nomination pour le René de la Meilleure actrice et du Meilleur acteur dans un second rôle. La première, nominée en 2019 pour le Meilleur espoir grâce à sa performance dans
Les Garçons sauvages, incarne Blanche, dominatrice expérimentée qui forme Kika, et l’exhorte à s’écouter autant qu’elle écoute les autres. Thomas Coumans, lui, joue Paul, le compagnon bientôt ex, avec une délicatesse remarquable qui culmine dans une scène de non rupture bouleversante.

Manon Clavel et Anaël Snoek
Le film vaut également une mention pour le René de la Meilleure image à
Colin Levêque, dont c’est la première nomination, mais dont on avait déjà pu apprécier le travail récemment sur
Se crasher pour existe ou
Temps Mort, et qui signe également l’image de
Samia de Selma Alaoui et Bruno Tracq, nominé pour le René du Meilleur court métrage de fiction. Son travail permet de souligner le mouvement permanent dans lequel est projetée Kika, le flux et de reflux des sentiments, mais aussi l’irruption dans la fiction de la part triviale de l’existence, une fiction ancrée dans la vraie vie, résolument.
Un sentiment de véracité au service de la fiction, qui passe également par la direction artistique, et notamment la garde-robe de Kika, mais aussi des autres personnages, et notamment les travailleuses du sexe qu’elle croise sur son chemin. Les costumes ont été confiés à
Prunelle Rulens, qui reçoit là sa deuxième nomination après le prix obtenu en 2023 pour
Rien à foutre (qui marquait son baptême du feu au cinéma), et qui travaillait également cette année sur
L’Eté de Jahia d’Olivier Meys.
Kika est produit par
Benoît Roland pour
Wrong Men, dont c’est la sixième nomination dans la catégorie Meilleur film, après
Préjudice, Parasol, Lola vers la mer, Rien à foutre, et
Augure. Notons que Wrong Men a par ailleurs déjà remporté le René du Meilleur premier film en 2023 pour
Rien à foutre d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre.